Quand les moutons investissent les lieux de soins

De plus en plus d’entreprises expérimentent l’éco-pâturage, une action environnementale efficace et simple pour entretenir les terrains. L’hôpital n’est pas resté insensible à cette nouvelle approche écologique et économique.

Reportage au sein de deux établissements qui ont tenté l’expérience.

L’établissement public de santé mentale Georges Daumézon (EPSM) de Fleury-les-Aubrais (45) accueille depuis juillet 2016 des moutons de race solognote et d’Ouessant. Ce projet a été mis en place par l’EPSM avec une volonté de gestion écologique et durable des espaces verts tout en préservant l’environnement.

C’est une association locale, La Moutonte, qui a été retenue pour fournir le cheptel, assurer le suivi sanitaire, la tonte des moutons… pour un coût annuel de 2048 €.

En 2017, de nouveaux parcs ont été ouverts, portant à 2,8 hectares la surface en éco-pâturage permettant ainsi d’améliorer les rotations des troupeaux, un meilleur renouvellement de la pousse des prairies et limiter certaines problématiques sanitaires.

quels bénéfices ?

Si le but affiché au début de l’opération était de limiter les nuisances sonores, d’économiser une soixantaine d’heures de travail et 160 litres de carburant… la qualité de vie des patients s’en trouve fortement améliorée.

L’unité Projet de vie Seglas qui organise des sorties promenades dans le parc de l’EPSM a pu ainsi proposer à certains patients (autistes, déficitaires ou ayant une longue hospitalisation en psychiatrie stabilisée) une rencontre avec les moutons. Régis Pobelle, cadre de cette unité, a pu constater que la présence des ovins dans les parcs permet un moment de partage, de plaisir.

« On voit apparaître des sourires, des élans de dynamisme pour aller voir les moutons, » précise Régis Pobelle.

Pour l’équipe soignante, la médiation animale est une relation d’aide à visée préventive ou thérapeutique ; les animaux font du bien au moral comme au corps et permettent d’apaiser, réduire le stress, garder le contrôle de soi, motiver, rompre avec l’isolement… L’animal joue le rôle de médiateur entre soignant et patient, entre le patient et le monde. Il aime sans jugement, renvoie une image positive. Il sait maintenir les personnes au contact de la réalité, en stimulant les capacités motrices, psychomotrices et cognitives. Sur le plan psycho-affectif et émotionnel, il encourage et valorise. 

Au centre hospitalier intercommunal de Créteil (94), Pink et Floyd, 2 moutons noirs d’Ouessant ont été lâchés le 30 août 2017 afin d’entretenir les pelouses de l’établissement, tout en distrayant les patients. En septembre, 4 moutons supplémentaires sont venus renforcer l’équipe de tonte !

C’est la société Ecomouton qui s’occupe de tout pour un coût annuel de 3 000 €. Un berger vient régulièrement s’occuper des animaux, vérifie leur état sanitaire et les déplace sur le site selon l’herbe disponible.

Interrogé sur le pourquoi d’une telle entreprise, Valentin Simon, directeur des achats et des services logistiques du GHT Val-de-Marne Est (regroupant le centre hospitalier intercommunal de Créteil et le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges) explique qu’il avait lu des articles sur le sujet et notamment sur des établissements de soins qui pratiquaient l’éco-pâturage.

Les objectifs

Il s’agissait de mettre en œuvre une politique de développement durable, de réduire le bruit des tondeuses et l’usage de pesticides… et d’obtenir une réduction des coûts.

« Mais le véritable enjeu est plus humain…» 

La venue à l’hôpital génère bien souvent des angoisses, et la vue des animaux est un plus qui rassure et ramène à des souvenirs d’enfance.

L’un des parcs, situé près de la crèche du personnel de l’hôpital et proche du self permet aux enfants mais aussi au personnel de profiter de quelques moments de douceur dans un univers perçu souvent comme froid, aseptisé…

Marine et Guillaume, auxiliaires de puériculture organisent, selon la météo, des balades et rendent visite aux moutons.

« Les petits citadins sont contents de voir des animaux qu’ils ne croisent pas souvent… cela les change des chiens et chats qu’ils côtoient habituellement. Et lorsqu’il y a des activités avec les plus grands ils reconnaissent de suite les moutons parmi les animaux de la ferme. De plus, pour la sieste des enfants cela génère moins de bruit et moins de pollution… ». 

Reportage Marie-Thérèse Holecek

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