En montagne, l'hôpital à l'heure d'hiver

Dans les centres hospitaliers proches des stations de sports d’hiver, l’activité varie fortement selon les saisons. Dès les premiers flocons, une organisation renforcée se met en place, comme à Sallanches (74), où nous avons pu rencontrer les équipes juste avant le grand rush de l’hiver.

Des pistes au bloc opératoire…

Alors qu’en station on déplore parfois le manque de neige, les Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc enregistrent un net surcroit d’activité du 15 décembre au 15 mars, avec un pic en février pendant les vacances scolaires françaises. En fait, la qualité de l’enneigement influe moins sur le flux de patients, que sur le type d’accidents, en majorité des fractures : « Il y a les blessures typiques des jours de verglas, celles du manque de neige comme celles des jours de météo parfaite quand l’affluence sur les pistes entraîne davantage de collisions », indique Dominique Sauteron, chirurgien responsable de l'unité chirurgie orthopédique et traumatologique de l'hôpital de Sallanches.

« Chaque année, c’est systématique : le jour même de l’ouverture des pistes, les couloirs sont pleins de brancards et de patients en béquilles ! »

La qualité de la prise en charge dépend tout d’abord d’une chaîne d’intervention parfaitement coordonnée. Exemple avec un accident qui surviendrait dans une des stations de la vallée de l’Arve. Premier sur place, le pisteur secouriste contacte le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM) de Chamonix qui assure la liaison téléphonique avec les urgences. « Sur tout le massif du Mont-Blanc, la régulation des accidents qui surviennent sur les pistes n’est pas assurée par le 15 mais déléguée à une ligne spéciale des urgences, avec un médecin au bout du fil 24h/24 », explique Adeline Henniche, médecin responsable de l’unité des urgences à Sallanches. Le pisteur redescend ensuite le blessé au pied des pistes jusqu’à l’ambulance ou appelle l’hélicoptère du SMUR, direction les urgences de Sallanches ou celles de Chamonix. Plus rarement, il peut être transféré dans un autre centre hospitalier de la région (Annecy, Annemasse…), soit 1,5 % des cas chaque année.

Une organisation sur mesure

Effectifs renforcés, lits supplémentaires : pour gérer l’affluence saisonnière, l’unité orthopédie/traumatologie de Sallanches est à "géométrie variable". Quelques étages plus bas, aux urgences, des solutions spécifiques sont mises en œuvre. Ainsi, l’équipe est renforcée tout l’hiver par un médecin d’accueil et d’orientation (MAO), une seconde infirmière d’accueil et d’orientation (IAO), une aide-soignante, ainsi qu’une troisième infirmière de nuit. Il y a aussi la "Scribe", secrétaire médicale formée pour assister le médecin sur certains actes administratifs : elle édite le bon de radio, prépare les ordonnances, l’arrêt de travail…

« Ces dernières années, deux avancées ont permis d’améliorer notre fonctionnement : le fait d’avoir une équipe de traumatologie dédiée pour le chirurgien de garde et la double astreinte du week-end : un chirurgien qui opère et l’autre qui gère tout le reste, visites aux patients, avis donnés aux urgences… », souligne Dominique Sauteron.

Enfin, la gestion des lits fait l’objet d’une organisation particulière pendant la haute saison. Une cellule dédiée s’occupe de la réorganisation de l’occupation des lits pour tout l’établissement.

Experts "ès Montagne" !

Au sein du Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) Léman-Mont-Blanc, le service des urgences de Sallanches-Chamonix est un modèle d’excellence à plus d’un titre. Il est notamment centre d’expertise des gelures et propose une consultation de médecine de montagne pour toutes les pathologies liées à l’altitude ou au froid. D’une manière générale, les urgences des Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc sont dans un processus d’amélioration continue, notamment via les projets de service, comme celui sur la prise en charge des traumatisés sévères qui vient de s’achever. L’organisation est réadaptée chaque année et la réunion de présaison, en décembre, permet de communiquer à l’équipe les points essentiels. Car anticiper reste le maître-mot, y compris dans un domaine aussi imprévisible que les urgences.

Propos recueillis par Céline Collot

les urgences des hôpitaux du pays du mont-blanc

39 000 patients/an, dont 35 000 à Sallanches
200 consultations/jour de décembre à mars (dont 40 à Chamonix uniquement entre les vacances de Noël et mi-mars)
22 min : le temps d'attente moyen pour être pris en charge aux urgences pendant les vacances de février
26 médecins, 38 infirmières, 10 aides-soignantes, 8 agents hospitaliers, 1 cadre de santé, 1 secrétaire médicale, 4 secrétaires administratives et 1 assistante sociale

 

 

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