ÉLECTROSENSIBILITÉ : une onde d’incompréhension

 Entre 1,5 et 2 % de la population se dit hypersensible aux champs électromagnétiques de l’environnement. Les symptômes évoqués peuvent obliger certains malades à cesser de travailler ou à modifier totalement leur mode de vie.

Radio, télé, wifi, ordinateurs, téléphones portables… Nous baignons dans les champs d’ondes électromagnétiques. Pour la plupart des gens, cette exposition semble sans conséquence. Mais pour 1,5 à 2 % de la population, cette “immersion” quasi quotidienne est source de douleurs intenses.
Ces personnes électrohypersensibles (EHS) décrivent des symptômes variés : migraines, vomissements, irritabilité... Leur souffrance est telle que certains ont été obligés de cesser de travailler, voire de changer de mode de vie.
Mais contrairement à la Suède ou à la Grande-Bretagne, la France ne reconnaît pas ce syndrome comme une maladie. Elle suit les avis de l’Organisation mondiale de la santé et du Comité européen chargé des risques
émergents (Scenihr) qui, « sans nier la réalité de cette souffrance,» estiment que «rien  ne permet de relier ces symptômes à une exposition aux champs électromagnétiques.»
En 2013, l’Agence nationale de sécurité sanitaire s’est mise au diapason. Elle reconnaît également « la souffrance des électrohypersensibles» mais estime que les ondes n’ont « pas d’effet sanitaire avéré chez l’homme. »
Les manifestations auraient donc une origine psychique ? Laurent Chevalier, créateur d’une consultation spécialisée à Montpellier, observe prudemment qu’une « grande partie de ses patients sont des migraineux non
traités. »

Dominique Belpomme, professeur de cancérologie à l’université Paris-Descartes (Paris V), pointe, lui, un lien entre électrosensibilité et sous-oxygénation du cerveau.

UNE LOI MI-FIGUE, MI-RAISIN

En définitive, d’études en controverses, personne ne semble en mesure de trancher la question. La proposition de loi sur les ondes électromagnétiques, qui devrait, à l’heure où nous publions ce magazine, être adoptée par le Parlement (1), reflète ces tergiversations.
Le texte demande au gouvernement un rapport sur l’electrosensibilité dans un délai d’un an après la promulgation de la loi. Il prévoit aussi, chaque année, un recensement des points dits “atypiques” où le niveau d’exposition aux champs électromagnétiques dépasse“substantiellement” la moyenne nationale.
Les plus jeunes bénéficient de mesures spécifiques de protection. Mais aucune baisse des niveaux d’ondes émises n’est prévue. Pas plus que la création des “zones blanches” réclamées par les électrohypersensibles.
Ces derniers, désabusés, mettent en cause les “contradictions flagrantes” de la législation.
Ils s’étonnent qu’un homme souffrant d’électrosensibilité se soit vu accorder une aide financière par la Maison départementale des personnes handicapés (MDPH) de l’Essonne, en avril dernier, au titre d’une maladie… qui
n’est pas reconnue comme telle !
Ils observent avec ironie que l’Agence nationale des fréquences (ANFR), établissement public administratif, propose depuis le 1er janvier 2014 des mesures gratuites des ondes chez les particuliers… alors même que l’exposition aux champs électromagnétiques est officiellement jugée inoffensive (2).
Ils attendent, enfin, que la “logique sanitaire” prenne le pas sur la “logique économique” qui conduit, selon eux, à privilégier « les intérêts de quelques lobbies puissants au détriment de la santé des citoyens. » Sans grand
espoir d’être entendus.

signé Cédric Portal

(1) Le texte a été adopté par l’Assemblée nationale le 23 janvier 2014 puis par le Sénat le 26 juin 2014. 
(2) Pour cela, il suffit de remplir un formulaire téléchargeable sur le site service-public.fr

LES BOÎTIERS WIFI BANNIS DES CRÈCHES
La proposition de loi sur les ondes électromagnétiques prévoit plusieurs dispositions pour les plus jeunes. Les députés ont interdit l’installation de boîtiers wifi dans les crèches et les garderies. Les sénateurs, six mois plus tard, ont imposé la désactivation des accès sans fil dans les écoles primaires, lorsque les équipements ne sont pas utilisés pour des activités pédagogiques.
Le texte interdit la publicité pour les tablettes aux moins de quatorze ans (sous peinede 75 000 euros d’amende), en se calquant sur les règles déjà en vigueur pour les téléphones portables. Les sénateurs ont également interdit la publicité pour des mobiles dépourvus de kits oreillettes. “Sur demande” lors de l’achat de l’appareil, la fourniture d’oreillettes adaptées aux moins de quatorze ans devient obligatoire.

 

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