Cancer, sans tabou ni trompette

Valérie Sugg, psycho-oncologue accompagne depuis près de 20 ans au sein d'un service de cancérologie hospitalier, les personnes atteintes de cancers ainsi que leurs proches.

Son livre, Cancer, sans tabou ni trompette (éditions Kawa), s'adresse aux personnes touchées par l'épreuve du cancer, à leurs proches, aux soignants dans leurs capacités et parfois leurs limites face à la personne malade.

C'est le premier ouvrage qui explore la relation proches/soignants mais aussi la fin des traitements, l'angoisse de la récidive et parfois la fin de vie.

Valérie Sugg évoque les croyances sur le cancer et les discours fluctuants tels que «le cancer c'est comme la grippe» à «on va tous mourir du cancer» et les conséquences sur les malades qui ne s'y retrouvent pas.

VALERIE FAIT LA CHASSE AUX VRAIES/FAUSSES IDées reçues

⇒ Le cancer peut-il survenir après un choc psychologique ?

⇒ Le cancer est-il contagieux ?

⇒ C'est une maladie de notre temps, c'est inévitable, voire héréditaire

⇒ La recherche n'est pas assez avancée...

Et préconise à la place des discours alarmistes, une véritable information !

Pourquoi avoir décidé d'écrire un livre sur ce sujet ?

Travaillant dans un service de cancérologie, je côtoie depuis de nombreuses années la souffrance, tant du côté des malades, de leurs proches que des soignants. Par cette écoute, si particulière des personnes en grande souffrance j'ai toujours pensé que mon travail était avant tout un travail d'équipe ; je considère comme essentiel l'avis des soignants, leur ressenti face à une personne malade qui exprime souffrance, colère, tristesse, repli... Les patients ne montrent pas la même facette de leur personnalité selon qu'ils sont face à un médecin, une infirmière, une aide-soignantes, un kiné, une assistante sociale, ou un brancardier. Il est donc important de parler ensemble afin que chacun puisse donner son point de vue concernant une situation particulière vécue avec la personne malade.

Il m'a semblé qu'oser écrire sur ce qui est souvent tu, évoquer ce que chacun ressent sans parvenir à le dire, était indispensable, afin de mettre des mots sur les maux de chacun.

le fait d'être psy permet-il une approche différente des patients, de leurs proches et du personnel soignant ?

C'est certain. Sans se prendre pour la fille de Freud ou l'héritière de Lacan, nous avons des outils et une perception du fonctionnement psychologique qui peut faciliter la compréhension de certaines situations. Il n'est pas nécessaire d'utiliser des termes compliqués, juste d'être dans une écoute bienveillante qui permet de comprendre ce que dit une personne. Par exemple, une infirmière vient me parler de Mme F. 65 ans, hospitalisée pour une ablation du sein et qui est très agressive envers elle. Je lui explique que la personne malade ne s'adresse pas à elle, en tant que personne, mais en tant que soignante qui fait partie d'une équipe qui va lui ôter un sein demain. Et je vais voir cette personne angoissée pour qu'elle puisse exprimer sa peur autrement.

Je suis souvent appelée lorsqu'un malade se met à pleurer, comme si j'était la seule à pouvoir gérer ce type de situation. Je dis souvent aux soigants qu'ils doivent se faire davantage confiance, qu'ils doivent oser agir car les malades n'ont pas besoin que chaque soignant devienne un psy-soignant ; il leur suffit de tendre un mouchoir, mettre une main sur l'épaule, sourire à la personne qui pleure, poser sa main sur la sienne... juste quelques secondes, c'est tout ce que la personne attend le plus souvent.

quel(s) message(s) mettriez-vous en avant après toutes ces rencontres ?

Je dirais simplement que j'éprouve beaucoup d'admiration pour les malades, leurs proches qui font face à une maladie grave, nécessitant de lourds traitements, et qui chamboule leur vie personnelle, sociale, professionnelle et parfois même leur devenir.

J'admire les soignants qui ont à coeur de bien faire, à qui on ne donne pas forcément le temps et qui sont souvent en grande souffrance de ne pouvoir faire mieux. On exige de chacun qu'il mette tout en oeuvre pour guérir les malades mais je crois que l'on devrait plutôt demander à chacun de tout mettre en oeuvre pour soigner du mieux possible les personnes malades.

Il serait bon de remercier les équipes soignantes qui accompagnent ceux qui vont guérir mais aussi ceux qui récidivent ou sont en fin de vie.

Tout au long de ma carrière j'ai assisté à des soins réalisés avec humanité, une conscience et un respect total des personnes malades et beaucoup d'entre elles ont pu me parler de cette infirmière qui a pris le temps de remonter un drap pour préserver une intimité, de cette aide-soigante qui nettoie le sol tout en prenant des nouvelles de la famille, de ce médecin qui est repassé après sa journée au bloc pour rassurer le patient paniqué de ne pas savoir ce que le chirurgien avait pu trouver...

Cela ne se passe pas toujours aussi bien mais je crois en l'humanité qui demeure en chacun. Il y a urgence à mieux entendre la souffrance des personnes malades et à revaloriser la fonction des soignants en évitant de la réduire à la réalisation d'actes techniques.

 

 

 

 

 

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