Bien-être et santé au travail : des hôpitaux s'y engagent

La qualité de vie au travail est un sujet d'actualité que soignent particulièrement les établissements de santé. Parce que la qualité des soins est étroitement liée aux conditions d'exercice du travail. Trois DRH d'hôpitaux en France témoignent.

1 - à l'hôpital du gier (près de saint-étienne - 42),

une réflexion a été menée pendant plusieurs années pour améliorer la qualité de vie au travail. Cela passe par un management à l'écoule de ses équipes. «Pour un employeur, il est très difficile d'intervenir sur ces problématiques de bien-être au travail, se souvient Henri Gatka, directeur des ressources humaines qui a mené ce travail de réflexion. Les limites entre la vie privée et professionnelle des personnes sont très floues, les ressentis de chacun sont fluctuants». L'hôpital a rapidement embauché un psychologue du travail pour animer avec les cadres de proximité des espaces de discussion hors du temps de travail et rémunérés. «Au départ, un tiers des personnels s'est intéressé à la démarche, explique-t-il. Très vite, deux tiers d'entre eux ont participé. Les effets ont été très positifs». Ces discussions ont permis de clarifier le rôle des uns et des autres, de repositionner les métiers, de changer les rapports de hiérarchie. «Cette approche prend du temps et suppose de revoir entièrement nos modes de travail, conclut-il. L'important est d'enclencher des actions qui vont permettre aux soignants de voir qu'ils font un travail de qualité. C'est nécessaire pour leur bien-être et celui des patients».

«Il ne faut pas oublier que le stress ou le mal-être des agents est également ressenti par les malades.»

Un service où le personnel se sent mal va subir des absences, des désorganisations, des tensions, parfois même de la négligence qui vont avoir des répercussions sur la prise en charge des patients.

2 - à l'hôpital de fourvière (Lyon - 69),

selon Patricia Traversaz, directrice des ressources humaines, les difficultés sont accrues dans un hôpital gériatrique où la manipulation des patients ajoute une pénibilité physique aux autres contraintes. «Nous avons bien sûr mis en place des aides à la manutention pour déplacer les patients, explique la DRH. Nous avons aussi construit des plannings qui tournent sur quatre semaines pour créer un confort qui permet d'organiser sa vie privée plus sereinement.» L'hôpital de Fourvière est engagé auprès de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes pour participer à un groupe de travail, avec 7 autres établissements de la région sur la qualité de vie au travail. «Nous avons fait l'inventaire de tout ce qu'on réalisait de bien, nous avons interrogé les salariés à ce sujet, ajoute-t-elle. Le personnel a toujours tendance à pointer les dysfonctionnements mais nous essayons de promouvoir ce qui marche bien.» Le développement des formations, les plannings sur un mois, les consultations d'ostéopathie gratuites, mais aussi la beauté du parc qui entoure l'hôpital ; le personnel a pointé tous les atouts de leur établissement. «Une belle salle de pause a été aménagée, avec de jolis fauteuils. Une petite salle de sport est opérationnelle depuis le début de l'année 2017, des réunions d'expression des salariés avec le directeur sont programmées», poursuit Patricia Traversaz. L'idée de ces rencontres est de se faire entendre en dehors des fonctions hiérarchiques, en dehors des réunions syndicales pour mettre en valeur ce qui fonctionne et voir comment améliorer ce qui “cloche”.

«Il faut respecter le travail de chacun et remettre du collectif dans le travail, souligne-t-elle. Et écouter les personnes qui sont au contact quotidien des patients.» De cette façon, la direction a lancé un plan d'action pour électriser tous les volets des chambres. «Les aides-soignantes nous ont fait savoir que c'était long et physiquement difficile de monter et descendre des centaines de volets deux fois par jour, se souvient Patricia Traversaz. Grâce aux volets électriques, elles ont plus de temps pour se consacrer au patient.»

3 - Au centre hospitalier de la flèche (72),

c'est le confort et le bien-être physique des employés qui fait l'objet de toutes les attentions. «Des infirmières, des aides-soignantes et deux cadres de l'IFSI formées au “toucher-détente” ont accepté de prendre en charge des séances de massage pour leurs collègues, explique Gaëdic Busson, chargée de communication de l'hôpital.

Trois créneaux de rendez-vous sont disponibles chaque semaine, et il sont toujours pris d'assaut. Ces massages proposés gratuitement sont effectués en dehors du temps de travail des agents, souligne-t-elle. Ça permet de souffler et de recharger les batteries». Un protocole de réveil musculaire a également été mis en place au service de blanchisserie, en partenariat avec l'équipe des kinésithérapeutes, pour prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS). «Tous les matins, cinq minutes d'échauffement détendent le cou, les épaules, les poignets des 11 personnes qui travaillent à la blanchisserie. C'est très fédérateur pour l'équipe.» De nouveaux ateliers de renforcement musculaire sont à l'étude, pour les soignants et les administratifs, eux aussi sujets aux TMS. «Le professeur de sport qui travaille au service kiné doit consacrer 20 % de son temps de travail aux professionnels de notre établissement, souligne-t-elle. Nous pensons qu'il est important de se sentir bien physiquement pour se sentir mieux moralement.

« Il faut sans cesse interroger le travail»

Rencontre avec le Dr Anne Florentin, médecin du travail à l'hôpital Robert Debré (Paris) - diplômee en psychodynamique et psychopathologie du travail

Co-auteur du livre Le burn-out à l'hôpital, le syndrome d'épuisement professionnel des soignants

 

 

les risques psychosociaux sont-ils plus présents à l'hôpital que dans d'autres secteurs ?

Les RPS sont présents dans tous les domaines du travail. Il s'agit de risques professionnels liés à différents facteurs tels que conditions de travail, organisation du travail, facteurs relationnels qui vont interagir avec des facteurs personnels et qui peuvent ainsi mettre en jeu la santé psysique et mentale des travailleurs. En milieu hospitalier, une contrainte supplémentaire s'ajoute. Il y a une forte charge émotionnelle liée au fait de prodiguer des soins à des malades, d'être en contact avec la souffrance et la mort. Certains soignants ont un fantasme d'invulnérabilité, d'autres ont souvent peur de commettre une erreur médicale. Si ces spécificités sont conjuguées à une organisation du travail très contraignante, à des responsabilités professionnelles mal définies, à une absence de reconnaissance, à une perte de sens, elles peuvent générer du stress.

«Il ne faut pas oublier qu'au travail, on n'est pas là pour s'aimer, mais pour travailler ensemble.»

comment mettre en place des actions pour lutter contre les causes de ce stress ?

Il faut interroger le travail. Comment se passe-t-il ? Quel est son sens ? A quoi sert-il ? Est-il reconnu à sa juste valeur ? Quel est le rôle de chacun au sein du collectif de travail ? On se rend compte que les souffrances individuelles cachent souvent un problème collectif, d'organisation du travail, de répartition des tâches, de définition des responsabilités, de prise d'information... Tout ne vient pas cependant "d'en haut", même si les cadres doivent savoir édicter des règles de fonctionnement claires, définir des tâches précises, créer une équité au sein des équipes. Si les responsabilités sont floues, on rentre dans les affres des luttes d'influence et du "copinage", source fréquente de sentiment d'injustice. Le stress, l'épuisement le harcèlement, les violences sont les conséquences d'un environnement professionnel dégradé. Mettre en place un programme de prévention des RPS suppose une démarche multidisciplinaire qui s'attache à diminuer tous les facteurs de dégradation des conditions de travail.

comment faire pour changer les choses au sein de chaque structure ?

Il faut savoir être au plus près de la réalité du travail des gens. Il faut interroger collectivement les personnels sur leur façon de faire et accepter leur ressenti au travail. Cela passe par des réunions, des espaces de discussion pour interroger les manières de faire. Il faut accepter la subjectivité des individus, mais dès lors que les problèmes du terrain sont mis en évidence, ils sont plus faciles à traiter. La personnalisation à outrance des relations entre les individus, qui confondent parfois vie professionnelle et vie personnelle est aussi source de problème. On passe ses journées ensemble, on se suit sur les réseaux sociaux, etc. Cette personnalisation des relations au travail entraîne de nombreux conflits qui peuvent prendre des proportions énormes. Or il ne faut pas oublier qu'au travail, on n'est pas là pour s'aimer, mais pour travailler ensemble.

 

 

 

Sur le même sujet