L'apnée du sommeil en questions

3 millions de personnes en France sont touchées par l'apnée du sommeil appelée aussi syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS). Comment reconnaître et traiter cette maladie invalidante ?

Quels sont les symptômes du syndrome ?

Tout commence, le plus souvent, par des ronflements intenses et répétés qui peuvent empêcher le conjoint de dormir. Surviennent ensuite des manifestations physiques en journée : fatigue continuelle, perte de vitalité, envie de dormir du matin au soir, troubles de l’humeur, de la mémoire, de la concentration…

pourquoi ces symptômes ?

Pendant son sommeil, l’apnéique subit un rétrécissement de son pharynx lié à un relâchement musculaire anormal. L’air circule plus difficilement : il vibre, ce qui provoque un ronflement. Si les voies aériennes se ferment complètement, le dormeur s’arrête temporairement de respirer. Il fait une apnée obstructive.
Ce phénomène peut durer 10 secondes ou plus.

quand parle-T-ON D'APNéE DU SOMMEIL ?

Les personnes sont prises en charge lorsque cela se produit au moins dix fois par heure.  Mais en général, le rythme est plutôt de 20 à 50 x / h, soit 300 à 400 x / nuit.
Le sommeil est ainsi fortement perturbé sans que le dormeur en ait conscience. L’apnéique n’atteint que très rarement la phase du sommeil profond, dit réparateur, et passe moins de temps en sommeil paradoxal, stade pendant lequel nous rêvons.  C’est pourquoi il s’éveille dans un état de fatigue extrême.

QUELLES SONT LES CONSéQUENCES SUR LA VIE SOCIALE ET LA SANTé ?

Les conséquences au quotidien sont invalidantes. La diminution de la vigilance, la somnolence et les difficultés de concentration augmentent les risques d’accidents : ils sont 3 x plus fréquents sur la route, 2 x plus au travail, selon une étude réalisée en 2006. Mais surtout, la qualité de la vie sociale est dégradée.

«  Les apnéiques sont moins performants dans leur métier, moins enclins à nouer des liens avec leur entourage. La gestion des émotions et celle du couple deviennent problématiques. La qualité de vie du conjoint, généralement, est aussi détériorée. »
Professeur Patrick Lévy, pneumologue

existe-T-IL DES RISQUES ENCORE PLUS GRAVES ?

Le risque de dépression est réel : il frappe un apnéique sur cinq. Certains épisodes dépressifs peuvent cacher des SAOS non-diagnostiqués.
La recherche clinique a également montré des liens étroits entre le syndrome d’apnée du sommeil et certaines maladies chroniques. Prés de 40% des personnes sujettes à l’hypertension artérielle souffrent d’un SAOS.
Plus étonnant, un tiers des patients soignés pour un diabète de type 2 souffrent d’apnée du sommeil : le syndrome est considéré comme un facteur aggravant.
Le lien entre SAOS et obésité est plus connu. Environ 40% des personnes obèses sont atteintes par cette maladie.
Les mécanismes en jeu restent mal connus, mais il semble que le SAOS perturbe la sécrétion de certaines hormones impliquées dans la satiété : il encouragerait donc les patients à manger davantage.

comment retrouver un sommeil réPARATEUR ?

Pour améliorer la qualité du sommeil, l’un des premiers conseils est de perdre du poids. Aujourd’hui, un apnéique sur deux est obèse. Mais cela signifie aussi qu’un malade sur deux ne souffre pas de surcharge pondérale !
La position du dormeur joue un rôle : l’apnée est aggravée par le fait de coucher sur le dos, car la langue chute en arrière et obstrue davantage le pharynx.
Dormir sur le côté permet de mieux respirer et, concomitamment, de limiter les ronflements qui accompagnent plus de 90% des apnées du sommeil, indique le pneumologue. En matière de prévention, hélas, on ne peut guère faire davantage. Heureusement, des traitements existent (lire interview ci-dessous). Aucun ne permet de supprimer, à coup sûr et définitivement, tous les symptômes. Mais ils permettent de vivre correctement avec la maladie.

« Il existe des traitements efficaces pour soigner l’apnée du sommeil »

Le professeur Patrick Lévy, pneumologue et président de l’Université Joseph-Fourier à Grenoble, est l’un des meilleurs spécialistes de l’apnée du sommeil. Il est l’auteur, avec Marie-Françoise Vecchierini, d’un ouvrage qui fait référence : Du ronflement au syndrome d'apnées du sommeil (éditions John Libbey Eurotext).

Existe-t-il des médicaments contre l’apnée du sommeil?
Malheureusement non, car cette maladie a des causes multiples. En revanche, depuis 1981, on dispose d’un traitement qui permet à l’air de circuler : la Pression positive continue (PPC). C’est un masque que le patient porte la nuit, une attelle pneumatique sous pression qui empêche la fermeture du pharynx. Bien utilisé, il permet de rétablir un sommeil profond et réparateur.

La PPC est-elle bien supportée par les patients ?
Il y a toujours une phase d’adaptation. Il existe plusieurs sortes de masques qui prennent le nez ou la bouche – ou les deux à la fois. Le but est de trouver le modèle qui convient le mieux à chaque individu. C’est essentiel, car cet appareillage doit être porté au moins 4 ou 5 heures par nuit pour être efficace.

Pendant combien de temps ?
Tout le temps, hélas. Si le patient abandonne le masque, les apnées reviennent.

Existe-t-il d’autres traitements ?
Oui. L’Orthèse d’avancée mandibulaire (OAM) est comparable à une prothèse dentaire : elle maintient la mâchoire inférieure en position avancée pendant le sommeil, afin de libérer le passage de l’air au niveau des voies aériennes supérieures. Elle est utilisée pour traiter le ronflement et les formes légères d’apnées.  Depuis peu, on teste également le système Inspire, une sorte de pacemaker qui détecte le début de l’inspiration pendant le sommeil et stimule le nerf de la langue : cette dernière se projette en avant pour laisser passer l’air. Mais les résultats restent peu probants - autour de 50% de réussite - et le coût de ce matériel est très élevé.

Quid de la prise en charge ?
La PPC et l’orthèse sont prises en charge par la Sécurité sociale. Le reste à charge, pour le patient, est de l’ordre de 2 à 3 euros par jour.

Vous ne parlez pas de la chirurgie…
Parce que ce sont des interventions lourdes - il s’agit de modifier le squelette de la face – dont les résultats restent incertains. Elles ont été progressivement abandonnées au milieu des années quatre-vingt. Aujourd’hui, ces techniques sont essentiellement utilisées dans un objectif esthétique.

 

 

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