Allergie au latex : pour une prévention efficace

De la sève de l’arbre tropical hévéa, on extrait le latex, qui sert à fabriquer le caoutchouc naturel. Ce latex, utilisé pour la fabrication de nombreux produits comme les gants jetables, contient des protéines allergisantes. Les professionnels de santé y ont été particulièrement exposés.

LE PERSONNEL SOIGNANT PLUS TOUCHÉ

« Il y a quinze ans, on a assisté à de grandes épidémies d’allergies chez les soignants, indique Daniel Vervloet, allergologue à Marseille et expert pour l’Association Asthme & allergies. Dans un contexte de précautions
entourant le virus VIH, les gants en latex à usage unique ont été massivement utilisés, plus que nécessaire. Ce qui a augmenté la prévalence de l’allergie.» 
Depuis, des mesures de prévention ont été instaurées, comme
l’éradication conseillée des gants poudrés en latex dans le milieu hospitalier ou leur stricte limitation à la chirurgie. Des initiatives qui s’avèrent efficaces : parmi les professionnels soignants, on ne compte plus que 7 à 8 % de personnes sensibilisées au latex (qui ne développeront peut-être jamais de réactions cliniques) et 3 à 4 % d’allergiques. C’est tout de même davantage que dans la population générale, où 2 à 4 % de personnes sont sensibilisées et 1 % allergiques.

UNE ALLERGIE AUX MULTIPLES VISAGES

L’allergie prend plusieurs formes. « Il peut s’agir d’un urticaire de contact, différent de l’eczéma qui lui, est dû aux additifs du latex présents dans le caoutchouc, tels les antioxydants », précise Daniel Vervloet. La réaction
peut prendre la forme d’une rhinite allergique, d’une conjonctivite ou d’un asthme, car elle peut se manifester même sans contact. Pour mieux les faire glisser, les gants en latex sont poudrés d’amidon de maïs. « Les protéines allergisantes viennent s’y coller et se disséminent dans l’atmosphère, contaminant l’air ambiant. »
Même si ce n’est pas systématique, l’allergie au latex a la particularité de s’associer à des allergies alimentaires. L’allergique doit donc se méfier du kiwi, de l’avocat et de la châtaigne ou des fruits de la passion, qui contiennent les mêmes protéines que le latex. Dernière réaction possible : le choc anaphylactique, qui intervient surtout lors d’opérations, quand le latex se dissémine dans le sang.
L’allergie au latex est la première maladie professionnelle chez les personnels de santé, car ils manipulent beaucoup d’objets en contenant : gants, matériel d’injection ou de ventilation, drains et cathéters, pansements, matériel de dentisterie, stéthoscopes ou encore alèses, chaussures et bonnets d’opération.

LE MEILLEUR TRAITEMENT : L’ÉVICTION

Pour diagnostiquer l’allergie, on interroge le patient sur ses symptômes. On réalise ensuite des tests cutanés, appelés Prick Test ou des analyses sanguines. Une fois l’allergie diagnostiquée, on remet au professionnel une
carte personnelle d’allergique et, si besoin, des médicaments d’urgence (antihistaminiques oraux à effet rapide, corticostéroïdes ou auto-injecteurs à adrénaline). Le meilleur traitement est l’éviction du latex de l’environnement de l’allergique. « La désensibilisation est restée au stade expérimental, ajoute Daniel Vervloet. Il y avait trop de réactions allergiques pendant le traitement. »
La substitution des gants poudrés en latex par d’autres types de gants reste la mesure la plus efficace. Pour les interventions non stériles, il existe des gants en vinyle, en nitrile ou copolymères, d’un coût équivalent à leurs homologues en latex. Les gants en néoprène destinés aux interventions stériles, en revanche, sont plus coûteux. Et quand un professionnel de santé allergique est amené à se faire opérer, il peut se renseigner sur le plus
proche bloc opératoire garanti “sans latex”.

L’ALLERGIE AU LATEX, MALADIE PROFESSIONNELLE
L’allergie au latex est reconnue comme maladie professionnelle depuis 1997.
Les symptômes et modalités de prise en charge sont décrits dans les tableaux 95 et 65 des maladies professionnelles.
« Le premier concerne les allergies immédiates aux protéines du latex et le second les allergies retardées, comme l’eczéma, liées aux additifs au latex, » explique Nadia Nikolova Pavageau, conseillère médicale en santé au travail à l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS).
Quand un salarié présente des symptômes allergiques, il peut consulter n’importe quel médecin pour établir un certificat médical initial de constatation. « Il faut présenter les symptômes décrits dans l’un des deux tableaux puis apporter une confirmation par un Prick Test réalisé par un allergologue », précise la conseillère. Le salarié envoie alors un volet de déclaration de maladie professionnelle à la caisse primaire d’assurance maladie, qui ouvre une enquête administrative et médicale.
« Quelqu’un se déplace sur le lieu de travail pour confirmer l’exposition à l’allergène. » Lorsque la maladie professionnelle est reconnue, un suivi médical du salarié est institué et l’employeur doit mettre en place des solutions pour éviter le contact de la personne avec l’allergène ou bien la reclasser, en cas d’inaptitude.

signé Audrey Guiller

 

Sur le même sujet